Le regard d’expert: Guy Fontaine dans Le Monde du 3 Février

lettreseuropennesVous avez créé, sous l’impulsion de l’Académie de Lille, un enseignement de lettres et cultures d’Europe. Y a-t-il une traduction, sur le plan culturel et linguistique, de l’ouverture de la région, souhaitée par les élus, aux pays de l’Europe du Nord ?

Certains aspects positifs sautent aux yeux. En matière culturelle, tous partis confondus, deBienvenue chez les Ch’tis à l’implantation du Louvre à Lens, les élus ont fait des choix qui se sont révélés ou qui se révéleront payants. Si vous allez au théâtre à Douai, vous pouvez voir des pièces en néerlandais surtitrées en français. Et j’ai vu, à Lille, du Labiche surtitré en néerlandais. C’est passé dans les moeurs.

Paradoxalement, la politique linguistique de la région est calamiteuse. A la fois par un irrespect total vis-à-vis des langues régionales, picard et flamand, et par l’ignorance des langues européennes frontalières ainsi que du polonais. J’insiste sur le polonais. Parmi les 4 millions d’habitants de la région, c’est peut-être la langue la plus parlée après le français. Il n’y a pas une seule famille qui n’a pas au moins un parent polonais. La Pologne cherche une tête de pont qui lui fournisse des cadres parlant polonais. Or, l’université est incapable de satisfaire ce débouché énorme : aucune des six universités publiques de la région ne propose un master de langue polonaise appliquée. Le département du Pas-de-Calais et la ville de Lille développent des partenariats avec la Pologne, mais les élus régionaux sont incapables de dire aux présidents d’université : « On vous donne de l’argent, donnez-nous des formations en adéquation avec les besoins de la région. » Et c’est tout aussi vrai pour l’allemand et le néerlandais. Alors que l’on fait de l’anglais renforcé, ce qui est peut-être intéressant mais qui ne fait pas ce « plus » décisif pour les demandeurs d’emploi. Quant aux langues régionales, elles sont tout bonnement ignorées. Parce que nos élus, qui eux-mêmes parlent le picard, sont complètement jacobins. Pas un ne défend au conseil régional le picard ou le flamand, ou ne cherche à développer une politique de l’édition dans ces langues, alors que nous avons 500 000 locuteurs du picard et 80 000 du flamand.



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