23 juil 2010

Paroisse Notre Dame de Moyenpont

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Prière en Picard
Paroisse Notre Dame de Moyenpont
2, rue de Péronne
80240 Roisel
SUR LE BON DIEU

‘T’es malhereux, Grous Juan, d’enn croire à rien !
Ch’est t’ravaler ou niveu ed tin quien
Eq d’enn pau vir qu’el bon Dghu moine el monne
Et qu’ech n’est pouant l’hazard qui nous tourtonne.
Tu n’as donc pau, dis, jamoua réfléchi
Q’meint qu’in arrive et quitte ech monne chi,
loù qu’in s’in va pourrir dins l’chimintchère,
Couchi sus l’dous, ess bouque ploine ed terre ?
Vla quand nou âme alle a quitchi non corps,
Vla coume ous s’rons tertous quand nous s’rons morts.
Tu n’compreinds pouant, dis-tu, et n’pux pas croire
Qu’einn’ fos hors d’nous non âme ail’ viche oucoire :
Sans Dghu, pourquo avoir peur ed la mort ?
Quand in fouat mal pourquo avoir du r’mord?
Ed viv’ sins corps cha t’parot tout risibe :
Ch’ n’est pau s’peindant, s’ion mi, pus z’impossibe,
Ch’miraque i n’est pau pus grand sins qu’avu.
D’I'ombe ed bon seins feut été dépourvu
Pou’ n’pau vir cha et pour erm pau 1′compreine.
Gn’a pau pus sourd qu’echtid qui n’vut interne.
T’es-tu d’maindé ioù qu’el monne i fini,
As-tu peinsé quidfos à l’infini,
A chés laimpions accrouchis à ch’grand dôme,
Qu’ech pus z’ignare est fourchi d’admirer,
Qui font. si bien vir el néant ed l’homme ?
A telle heuteur ous’ros-tu t’mesurer,
Géant d’cinq pieds, chétive créature,
Qu’atteind la mort, chés vers et l’pourriture ?
Et si d’tout cha t’as ouccupé t’n'esprit,
M’diros-tu bien si tu yas rien compris ?
Tout cha existe et suit tranquill’meint s’route ;
Qui est ch’qui l’o fouat?Ech n’est pau ti sins doute.
Ch’ n’est pau aisé d’mveinter ess souleil.
Ch’ moudele i luit : fas z’ein peu ein pareil !
Ou bien oucoire épréve à faire einn’ leine,
E’nin’ Idiote étoile, ou seul’meint einn’ caleine,
Et j’m'expliq’rai, ech compreindrai l’raison
Q’t’as d’enn pau dire à Dghu l’moinde ouraison.
Tu n’cros a rien, ourgueilleux philousophe
Et t’in r’habile’ in méprisiant ch’l'étoffe.
S’il est permis de faire la comparaison,
Tu n’tranes pouant peindant deux jours el fiève,
Q’lache et couyon, et si péreux qu’ein iève,
Tu d’mane’ à Dghu, à deux g’noux, t’guérison !Que tu es malheureux, Gros Jean de ne croire à rien !
C’est te rabaisser au niveau de ton chien
Que de ne pas voir que le bon Dieu mène le monde
Et que ce n’est pas le hasard qui nous gouverne,
Tu n’as donc pas, dis, jamais réfléchi
Comment on arrive et quitte ce monde ci,
où on va pourrir dans le cimetière,
Couché sur le dos, la bouche pleine de terre ?
Voilà quand notre âme a quitté notre corps,
Voilà comme nous serons tous quand nous serons morts.
Tu ne comprends pas, dis tu, et tu ne peux pas croire
Qu’une fois hors de nous notre âme vive encore :
Sans Dieu, pourquoi avoir peur de la mort ?
Quand on fait mal pouquoi avoir du remords ?
Et vivre sans corps çà te paraît tout risible :
Ce n’est pas cependant, selon moi, plus impossible,
Le miracle n’est pas plus grand sans , qu’avec.
D’une ombre de bon sens il faut être dépourvu
Pour ne pas voir çà et pour ne pas comprendre.
Il n’y a pas plus soud que celui qui ne veut pas entendre.
T’es tu demandé où finit le monde,
As tu pensé quelquefois à l’infini,
A ces lampions accrochés au grand dôme,
Que le plus ignare est forcé d’admirer,
Qui font si bien voir le néant de l’homme ?
A telle hauteur oserais tu te mesurer,
Géant de cinq pieds, chétive créature,
Qu’attend la mort, les vers et la pourriture ?
Et si par tout çà tu as l’esprit occupé,
Me diras tu si tu n’y as rien compris ?
Tout çà existe et suit tranquillement sa route ;
Qu’est ce qu’il l’a fait ? ce n’est pas toi sans doute.
Ce n’est pas facile d’inventer le soleil.
Le modèle luit :fais en un peu pareil !
Ou bien encore essaie de faire une lune,
Une petite étoile, ou seulement un charançon,
Et je m’expliquerai, je comprendrai la raison
Que tu as de ne pas dire à Dieu la moindre prière.
Tu ne crois à rien, orgueilleux philosophe,
Et tu en habilles en méprisant l’étoffe.
S’il est permis d’fouaire el comparaison,
Tu ne trembles pas pendant deux jours de fièvre,
Que lâche et couillon, et aussi peureux qu’un lièvre,
Tu demandes à Dieu , à deux genoux ta guérison !

Hector Crinon

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